De l’âme

« À la fin, il reste l’âme. En chaque être, le corps peut connaître la déchéance et l’esprit la déficience. Demeure cette entité irréductible, palpitante là depuis toujours, qui est la marque de son unicité. »
Le propos du recueil ( prétexte ? ) est simple en apparence, il s’agit de répondre à la question d’une amie : « Acceptez-vous de me parler de l’âme ? ».

J’ai découvert François Cheng alors qu’il présentait cet ouvrage au cours l’émission La Grande Librairie.

Une telle humilité, une telle sagesse émanait de son discours que très rapidement ce livre s’est invité dans notre bibliothèque.

Mais comment vous parler de ces 7 lettres ….. réflexion philosophique, écriture poétique….on se laisse emporter !

Du coup, je vous livre un extrait, juste histoire de vous donner envie de vous plonger à votre tour dans l’univers de l’auteur.

Lorsque François Cheng nous présente son « jardinet ayant pour âme un tilleul »

« Grâce à la pluie abondante au printemps, l’arbre atteint quand vient l’été, une forme de plénitude inouïe…Comment cela est-il possible ? Comment se fait-il que la terre, qui venait du Chaos, ait généré un arbre comme celui là, en son ovale parfaitement composé d’innombrables branches, rameaux, feuilles et fleurs dont le foisonnement et le frissonnement, loin de se répandre en désordre, obéissent à un constant souci d’entente et d’harmonie, faisant de lui un figure emblématique de beauté?  Comment ce tronc droit, apparemment modeste, a-t-il pu porter, calme et confiant, cette magnifique corolle de feuillage, pleine de noblesse, d’une gloire presque trop écrasante pour lui? Il a fallu qu’à partir de lui, chaque branche croisse et respire selon sa poussée interne, tout en ayant souci d’orienter sa courbe vers un centre, dont la force centripète assure à chaque instant à l’ensemble des branches une juste répartition d’air, de lumière et de sève. Une présence organique, faite de frémissante interaction, s’affirme là. Pour peu que passe une brise, la voilà qui entre dans sa rythmique, opérant une sûre brisure dans l’espace, un Ouvert où le fini et l’infini sont en perpétuelles épousailles. Une volonté la soutient, cette présence, une intention l’habite. Fontaine au jaillissement continu, elle n’est plus que donation et accueil. Elle distribue sans réserve ombres parfumées et éclats nourriciers à ceux que ses ondes attirent, oiseaux migrateurs, errants humains……Cet être debout comme nous, qui depuis les profondeurs du sol tend résolument vers le haut, nous rappelle que notre être tient tout autant de la terre que du ciel. Prenant appui sur sa base de lave, d’humus ou de limon, il s’épanouit en un véritable entonnoir pour boire la pluie tombée du ciel et, venu de plus haut encore, pour boire le souffle lumineux dont tout l’univers est animé. Il arrive qu’au coeur du désert, ou à l’horizon d’une plaine, se dresse un arbre seul. Cela suffit aux nomades que nous sommes pour que nous ne nous sentions plus seuls, pour que la création ne nous semble plus vaine. »

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