Jour 55

Partager avec vous ce matin cet article lu dans la revue INEXPLORE publié le 19/03/2020

« Notre santé est en plein bouleversement ! Bien-portants, malades et soignants, nous sommes tous concernés. Dans cet extrait tiré de « Santé, le grand bouleversement », Jean-François Mattei présente ses idées sur une médecine… de l’environnement. »

Créer une médecine de l’environnement

Parmi toutes les mesures qui doivent être prises pour préserver la santé humaine dans un environnement de plus en plus dégradé, la création d’une médecine de l’environnement me semble correspondre à un besoin réel. Elle nécessiterait une formation particulière retrouvant une tradition perdue dans le domaine de l’hygiène publique.

La santé, au sens plein du terme, est conditionnée par la recherche constante des conditions de vie les plus favorables à un épanouissement physique, psychologique et moral de l’être humain. Or, celui-ci prend réellement conscience aujourd’hui du rôle déterminant de son environnement pour la qualité de sa vie quotidienne. En accord ave le concept de santé globale et les missions de la santé publique, il s’agira donc d’innover, car les médecins ne sont pas spécifiquement formés à ces questions dont ils ont désormais pris conscience.

Cette nouvelle médecine de l’environnement aurait pour mission d’accompagner l’homme dans son milieu de vie et son principal rôle serait d’être une source d’expertise et de conseils. Ainsi, quand les investissements importants sont effectués, quelle qu’en soit la nature, de nombreux conseillers interviennent, juridiques, financiers, techniques parmi d’autres. Il semblerait indispensable d’avoir aussi un conseiller médical compétent pour les liens entre environnement et santé dans la mesure où de tels équipements doivent être au service de l’homme et permettre à son épanouissement. Paradoxalement, le médecin apparaît déconnecté de toutes les préoccupations techniques, industrielles ou autres, alors qu’il est le mieux à même de dire ce qui est bon ou dangereux pour la santé physique et psychique de l’homme.

Si la ville doit associer les bienfaits et les avantages urbains, il faut la « réinventer ». Une double préoccupation écologique et climatique conduit déjà à des innovations architecturales et urbanistiques (rues arborées, parcs et jardins, façades végétalisées, potagers sur les toits…). Tout doit être fait pour mieux se protéger des vagues de chaleur et on imagine mal, dans ce défi partagé, que les médecins ne soient pas associés aux architectes et urbanistes dès lors que la protection de la santé est le souci premier. Si cette orientation vers une médecine de l’environnement n’était pas prise, il y aurait un risque de se diriger vers une société de plus en plus matérialiste et financière où le bonheur de l’homme serait contingent. Il me paraîtrait impensable qu’à l’avenir on puisse se préoccuper d’environnement sans solliciter l’avis de ces spécialistes de la santé humaine que sont les médecins.

Ces nouveaux médecins spécialisés pourraient remplir deux sortes de fonctions. Dans le secteur public, ils seraient consultés à l’occasion des projets d’urbanisme des collectivités locales ou de l’Etat. Sans que l’on puisse être exhaustif, ils devraient donner leur avis sur la construction des ensembles d’habitation et les matériaux utilisés, sur l’étude des équipements, sur la réalisation d’espaces verts, sur le permis de construire une usine et aussi sur les décisions d’aménagements du territoire. On pourrait prévoir que chaque ville de plus de 100 000 habitants soit dotée d’un service de médecine environnementale en lien avec les ingénieurs d’hygiène et sécurité. Il pourrait en aller de même pour les départements et les Régions. Ces médecins de l’environnement du secteur public seraient les maîtres d’œuvre de l’intervention du ministère de la Santé en cas de modifications de l’étude d’impact. Dans le secteur privé, on pourrait envisager la création de cabinets-conseils en environnement qui seraient sollicités par les architectes et les entreprises. Cela permettrait d’intégrer le souci de préserver la santé des personnes dans toute leurs réalisations.

Naturellement, cette nouvelle compétence médicale, qui pourrait être une branche de la santé publique, nécessiterait une formation particulière qu’il conviendra de discuter avec les instances impliquées. Dans tous les cas, la nécessité sera de donner à cette médecine de l’environnement une existence universitaire avec toutes les conséquences en termes d’enseignement et de recherche que cela implique.

Un extrait tiré du livre de Jean-François MatteiSanté, le grand bouleversement, aux éditions Les Liens qui Libèrent, 2020, pp. 232-234.

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