Jour 42

Parce que l’échange de points de vue me tient à coeur, vous l’aurez compris, je partage avec vous aujourd’hui un article de La lettre de France Culture du 21 avril.

Le Temps du Débat « Coronavirus : une conversation mondiale » nous invite à découvrir le regard de François de Smet ( philosophe belge député fédéral et président du parti DéFI) sur ce qui nous arrive .

Bonne lecture!

« Nous avons besoin de catastrophes pour nous rendre compte de la plus-value du Nous  »

Le virus frappe tout le monde, sans distinction. Un fléau non-humain, dont nous assistons hébétés au déferlement sur toute la planète, au point que la faculté de combattre cet ennemi microscopique devient, dans une narration mettant en jeu des lignes et des courbes, l’instrument de mesure d’une compétition inversée entre États, et de leurs capacités d’organisation et de réaction. 

Or, nos nations ne sont pas à égalité pour penser ce nous auquel cela arrive. Ce nous ne nous est plus instinctif. Et c’est ce que nous semblons en particulier payer, pays occidentaux, somme d’individus qui ne font pas société. En France, à la veille des mesures de confinement, les parcs, cafés et restaurants richement achalandés étaient bien insouciants de la menace. En Belgique, où un délai de 24h s’est écoulé entre l’annonce de la fermeture et son effectivité, on a pu assister à des « lockdown parties ». Certains croyaient, à tort, que le virus ne les atteindrait pas. Mais ils étaient surtout nombreux à penser que, malade ou pas, c’était leur problème.  

Sauf que ça ne marche pas comme ça. Si on arrête tout, y compris bises et poignées de main, c’est justement parce que chacun n’a pas que son destin en mains. C’est parce que le virus passe par beaucoup pour ne blesser et tuer qu’une petite partie. Et que cette petite partie, statistiquement parlant, constitue un coût humain absolu gigantesque, donc insupportable. Dans tous les cas, le virus n’est pas seulement mon problème. 

Je ne suis que le maillon d’une chaîne qui en tuera d’autres.  

Il y a tout de même une bonne nouvelle : nous avons tous accepté des restrictions importantes de nos libertés afin de sauver des vies. Et nous l’avons fait presque sans hésiter. Presque, car le délai nécessaire à la prise de mesures dures est directement proportionnel à l’ampleur des dégâts humanitaires prévisibles. Presque, parce que dans le monde anglo-saxon, ce calcul imposant que des vies devaient absolument l’emporter sur l’économie a mis du temps à s’imposer. Le discours d’un Trump vise encore à assumer qu’il vaut mieux perdre quelques dizaines de milliers de personnes malades plutôt qu’une récession.  

Ce virus nous force, pour le combattre, à être contre-intuitif et à penser le nous avant le je.  Le problème c’est que nous avons besoin de catastrophes pour nous rendre compte de la plus-value du nous. Les avertissements purement verbaux ne fonctionnent pas. Demandez à Greta. Le problème c’est que nous sommes presque incapables de sentir la nécessité de ce nous hors crise.  Le problème, c’est que nous avons besoin de frôler l’abîme de temps en temps pour nous remettre en cause.  

Cette  fois-ci, encore, le danger nous blessera sans tous nous tuer. Combien de temps nous vaccinera-t-il contre notre trop-plein d’individualisme ? À en croire la lutte pour la survie dont témoigne l’état des rayons « pâtes et riz » des supermarchés, il est permis d’être poliment pessimiste. 

Emmanuel Laurentin avec l’équipe du « Temps du débat ».

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